Le commerce mondiale du caviar est suspendu
La nouvelle est tombée au lendemain des fêtes de fin d'année, histoire sans doute de ne pas trop gâcher le plaisir des gourmets... La Cites (1) a, en effet, décidé hier matin de suspendre, pour une période indéterminée, l'exportation du «caviar et autres produits d'esturgeons provenant de stocks communs», c'est-à-dire de zones de pêche partagées entre plusieurs pays, comme la mer Caspienne, d'où proviennent 90% du caviar produit dans le monde. Motif : les esturgeons sauvages, victimes de la surpêche et de la contrebande, sont «en grave déclin». En revanche, l'exportation de caviar provenant de poissons d'élevage reste autorisée (lire article ci-dessous). Le problème n'est pas nouveau. Mais, cette fois, la Cites, un organisme onusien qui regroupe 169 pays, a adressé un coup de semonce aux pays exportateurs de ce mets de luxe en refusant leurs propositions de quotas de pêche pour l'année 2006. Une estimation de la pêche illégale La Commission estime que ces chiffres «ne reflètent pas pleinement la diminution des stocks ou ne tiennent pas suffisamment compte de la pêche illégale». Résultat : tant que les pays producteurs n'auront pas revu leur copie, les ventes internationales de caviar seront suspendues partout dans le monde. «Aujourd'hui, la priorité, c'est la lutte contre le commerce illégal, ce n'est pas l'interdiction du commerce», s'insurge le président de l'Association internationale des importateurs de caviar, Armen Petrossian, pour qui une mesure aussi radicale reviendrait «à faire exploser la contrebande : si les pêcheurs ne peuvent plus écouler leur production légalement, ils le feront par d'autres canaux, sans le moindre contrôle». Soit l'inverse de l'effet escompté. Ne pas tuer le «poisson aux oeufs d'or» «Nous ne sommes pas contre la pêche de l'esturgeon, mais nous voulons que celle-ci soit durable», confirme, David Morgan, le chef de l'unité scientifique du secrétariat de la Cites. En clair, les demandes de quotas de pêche formulées par les pays exportateurs doivent être cohérentes avec l'évolution des stocks de poisson. «Si ces derniers baissent, il faut que les prélèvements baissent dans des proportions équivalentes», poursuit-il. Autre condition imposée par la Cites, une estimation même grossière de la pêche illégale, qui représenterait «plusieurs fois les quantités vendues légalement», doit être incluse dans les demandes de quotas. D'après le représentant de l'Iran à la Cites, les cinq Etats riverains de la mer Caspienne (Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie, Turkménistan) devraient remettre de nouvelles propositions à la Commission «d'ici au 15 janvier». A la suite de quoi cette dernière rendra sa décision finale. Quand ? Impossible de donner aujourd'hui une date. «De toute façon, cette mesure de suspension est très théorique puisque la pêche s'arrête pendant l'hiver et ne reprend qu'au printemps... D'ici là, le marché est pratiquement à l'arrêt», souligne Armen Petrossian. Les pays exportateurs ne sont pas seuls sur la sellette. La Cites demande aussi à leurs clients, comme les états membres de l'Union européenne, de «veiller à ce que toutes (leurs) importations proviennent de sources légales» et déplore que beaucoup d'entre eux «n'appliquent toujours pas de mesures en ce sens». On recense 26 espèces d'esturgeon dans le monde. Mais seulement quatre d'entre elles produisent les trois qualités de caviars les plus cotés : le béluga, l'osciètre et le sévruga. Ces gros poissons qui peuvent vivre un siècle, peser plus de 200 kg et mesurer jusqu'à 3 m de long, n'en sont pas moins très vulnérables. Leur maturité sexuelle n'intervenant pas avant l'âge de 10-15 ans, les tentatives de réintroduction ne rencontrent pas le succès escompté, la plupart des individus étant pêchés avant leur premier frai. D'où la nécessité de réguler les prélèvements afin de ne pas tuer le «poisson aux oeufs d'or». (1) Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction.
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