Samedi 4 février 2006
Fonte alarmante de la banquise arctique
Selon Greenpeace, la vie de milliers d'ours blancs polaires est aujourd'hui menacée par le réchauffement du pôle nord qui fait fondre la banquise et perturbe l'écosystème.
La banquise fond à vitesse grand V. Cest ce que révèle, une étude très approfondie menée par quelque 300 chercheurs, originaires de huit pays, regroupés dans lArctic climate impact assessment (ACIA, évaluation sur limpact du climat en Arctique) au terme de quatre années de travaux comparés. Le compte-rendu inquiète toute la communauté scientifique, car le réchauffement climatique en est responsable ne cesse de croître, et cela ne sera pas sans conséquence pour la biodiversité. Toutefois, face au scénario-catastrophe, certains Etats entrevoient des conséquences positives pour leur économie.
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La calotte glaciaire couvre une superficie entre 7,5 et 15 millions de km2, et lépaisseur de la glace atteint environ 3 mètres, selon la saison. Or, les faits sont là: au cours de ces trente dernières années, 988 000 km2 de banquise ont fondu (ndlr: une surface qui correspond à deux fois celle de la France), ce qui représente une réduction denviron 8% de sa surface globale. Il se trouve que laccélération du phénomène est beaucoup plus rapide quon ne limaginait. La conséquence la plus extrême évaluée par cette mission internationale sans précédent est quà cette vitesse, et dici moins de 100 ans (dès 2070 !), la calotte glaciaire de lArctique pourrait même ne plus exister en été.
Les responsables de cette fonte accélérée sont les émissions de dioxyde de carbone (CO2) et dautres gaz à effet de serre «modéré». Depuis 50 ans, la température moyenne annuelle en Alaska et en Sibérie a augmenté de deux degrés pour sétablir à -14°7 C, tandis que les hivers en Alaska et dans le nord-ouest canadien se sont adoucis en moyenne de 2,8 degrés pour atteindre -13°8 C. Or, létude prévoit que dans les 100 années à venir, les températures moyennes annuelles augmenteront de 3,8 à 7,2 degrés sur terre, et de 7,2 à 10 degrés dans locéan, leau absorbant davantage la chaleur. Louis Fortier, biologiste canadien, explique: «Cest que la banquise agit comme un immense miroir qui réfléchit vers lespace environ 90% de la radiation quelle reçoit, assurant un rôle important dans le refroidissement du climat. Une fois que la banquise a fondu, les eaux libres ne rejettent plus que 50% de la radiation solaire. Par conséquent locéan se réchauffe, accélérant la fonte de la banquise (
) qui peut amener un basculement rapide du climat dans lArctique mais aussi dans lhémisphère nord. Il risque de dépasser leffet positif quentraîne la fonte des glaces sur le CO2. Mais on manque de données pour modéliser ces actions. Locéan arctique est encore lécosystème le plus mal connu sur terre». «Cest important, parce que ce qui se passe là-bas annonce ce qui va se produire sur le reste de la planète», a expliqué Paal Prestud, directeur du centre détudes sur les changements climatiques (CICERO) norvégien, et vice-président de lACIA, dans la mesure où lArctique joue aussi un rôle de régulateur thermique à léchelle du globe.
La biodiversité est menacée
Outre cette aggravation de leffet de serre, on peut dores et déjà tirer une sonnette dalarme sur les effets concernant la biodiversité. En effet, même si cet écosystème est encore mal connu, laccélération de la fonte de ces glaces laisse présager une menace sévère sur certaines espèces vivant sur la banquise, telles que lours polaire, et le phoque, le morse mais aussi le caribou, le renne, le lemming, et la chouette harfang. Louis Fortier, professeur à luniversité Laval à Québec, souligne: «Nous avons constaté que des espèces peut-être moins spectaculaires mais plus importantes comme la morue arctique (le poisson principal de cet océan), le zooplancton, et jusquà un certain point les micro-algues sont aussi dépendantes de cet écosystème. Or, on assiste déjà à leur remplacement par des espèces venues du sud. La pénétration des saumons du Pacifique en Arctique est de plus en plus fréquente. Dans la baie dHudson, la morue est peu à peu remplacée par le capelan de lAtlantique». Ces modifications ne seront pas sans conséquences pour léquilibre des populations autochtones, les Inuits et les Lapons, qui vivent de la terre, et de la glace.
les hommes aussi
Les populations sont menacés à plus dun titre. Dune part, leur alimentation est basée sur ces animaux menacés dextinction, dautre part «larrivée des nouvelles espèces venant de contrées tempérées pourront entraîner le développement de nouvelles maladies transmissibles à lhomme, comme le virus du Nil occidental», explique Paal Prestrud. «Mais là ne sarrêtent pas les effets de ce phénomène sur la biodiversité. La limite de croissance des arbres va se déplacer vers le nord, les forêts remplaçant une partie de la toundra actuelle», et les populations seront contraintes au déplacement. obligés au déplacement. Enfin, pour compléter le tableau déjà sombre, «les gaz à effet de serre, en réchauffant la couche dozone, risquent daugmenter le niveau dUV dans la région. Les jeunes vivant aujourdhui en Arctique recevront au cours de leur vie une dose dUV supérieure denviron 30% à celle que recevaient les générations précédentes, soit des risques de cancers accrus». Les Esquimaux ne sont pas les seuls à être menacés: Certes la fonte de la banquise ne provoque pas en soi une hausse du niveau des océans (puisque la glace flottante prend plus de place que leau quelle contient) mais la fonte des glaciers terrestres, amenés à fondre eux aussi avec le réchauffement général, devrait provoquer un relèvement accéléré du niveau des océans (ndlr : les estimations avancées sont dun mètre au-dessus du niveau des océans). En conséquence de quoi, un recul des terres est diagnostiquer, qui pourrait affecter plus dune centaine de millions de personnes vivant dans des deltas, sur des îles et sur les littoraux.
«A toute chose malheur est bon» ?
Pourtant ce scénario nest pas complètement apocalyptique pour tout le monde, si lon considère que malgré lampleur de la catastrophe attendue, le rétrécissement de la banquise ouvrira à la navigation les eaux arctiques, réduisant de 6 000 à 8 000 km la route entre lEurope et le Japon, et de 8 000 km celle entre les Etats-Unis et la Chine. De nouvelles opportunités commerciales souvriront donc avec ce nouveau «passage nord», pour le trafic maritime entre les océans Pacifique et Atlantique permettant des gains de temps par rapport au trajet passant par le canal de Suez. Louverture de cette route de la mer du Nord a toujours été un rêve pour la Russie notamment, et pour son développement. Par ailleurs les économistes entrevoient la perspective de nouvelles exploitations des ressources halieutiques et minières jusquà présent cachées par les glaces. La zone recèlerait un quart des ressources planétaires dhydrocarbures, certaines régions comme le Nunavut au Canada en regorgeant même. Alors doit-on considérer, comme le dit le proverbe, qu«A toute chose malheur est bon» ? Paal Prestrud souligne: «cela dépend du point de vue : la compagnie pétrolière pense que cest une bonne chose, mais lInuit sur la banquise est certainement dun autre avis ! ».
Alors que faire ? Et peut-on faire encore quelque chose pour ralentir le phénomène ? «Si vous ne voulez pas que cela se produise, déclare Robert Crell, un des scientifiques qui ont dirigé létude, il faut que vous agissiez vite pour modifier la quantité de CO2 et des autres gaz à effet de serre dans latmosphère. Cest un fait scientifique, pas un commentaire politique». Les ministres de Affaires étrangères des huit pays du Conseil arctique, à savoir Etats-Unis, Canada, Russie, Japon, Finlande, Suède, Islande et Norvège, responsables à eux seuls denviron 30 à 40% des émissions humaines de CO2, se réuniront à Reykjavik (capitale de lIslande) pour réfléchir aux suites politiques à donner à ce rapport. A cet égard, les Etats membres ne sont pas tous daccord. La Russie a décidé le mois dernier de ratifier le protocole de Kyoto ouvrant ainsi la voie à son entrée en vigueur, alors que les Etats-Unis continuent de sy opposer, peu enclins à se soumettre à des mesures drastiques. Le WWF (Fonds mondial pour la nature) sen indigne, accusant dhypocrisie les pays concernés, et insistant sur le fait que «le changement climatique, ce nest pas quelque chose qui va se produire dans un futur lointain, mais quelque chose qui doit préoccuper tout le monde dès maintenant. Les changements climatiques ne sarrêteront pas au 66ème degré nord».
par marie
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sauvezlaplanete
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